La composition échiquéenne

La poésie des échecs

Le jeu d’échecs est aussi un art, la composition échiquéenne est là pour en témoigner! Imaginez un rêve mélangeant la créativité, la poésie à un sujet aussi sérieux et mathématique que les échecs… voilà une bonne définition de la composition échiquéenne : c’est en quelque sorte la « poésie des échecs »! La composition est avant tout faite pour être belle, et met en scène une idée jolie ou insolite. Il existe 2 domaines distincts de la composition : les problèmes d’échecs et les études de fin de partie.

Les problèmes du jeu d’échecs

Un problème d’échecs annonce un mat en x coups, que le solutionniste doit trouver. Et pas un coup de plus! Par convent la solution est unique et forcée! La solution comporte souvent des coups inattendus, dans des types de positions que l’on rencontre rarement en partie. Nous allons justement nous atteler à la tâche avec ce problème d’échecs de O. Wurzbug, datant de 1892.

Les blancs matent en 3 coups dans la position ci-dessous!


1.Fa7 h2 2.Tb6 Rg1 3.Tb1# 1-0

Les blancs matent donc de manière forcée en 3 coups quelque soit la défense des noirs. Alors il est vrai que résoudre de tels problèmes peut sembler futile puisque la position est complètement écrasante, néanmoins cela permet de travailler la créativité et le calcul! Il existe d’ailleurs une deuxième variante possible dans le cas présent… 1.Fa7 Rh2 2.Th6 Rh1 (ou 2…Rg3) 3.Txh3# 1-0

Ce mécanisme de mat dans laquelle la Tour vient masquer l’action du Fou pour permettre au Roi noir de sortir afin de le mater au coup suivant en réveillant l »action du Fou porte un nom : le thème indien. Du fait de sa beauté, de son originalité et de son élégance, c’est un thème régulier chez les problémistes du jeu d’échecs. Il est apparu pour la première fois au 19ième siècle dans un journal indien, d’où son nom de thème « indien »!

Il y a d’autres énoncés qui peuvent exister. Parfois on doit faire en sorte que l’adversaire nous mate le plus rapidement possible, on appelle ça le mat aidé! Les règles du jeu peuvent même être modifiées et de nouvelles pièces peuvent apparaître sur l’échiquier. C’est le cas des échecs féeriques.

Les études de fin de partie

Contrairement aux problèmes d’échecs, les études de fin de partie, bien qu’intégralement composées également, ne visent pas à rechercher une ligne unique de résolution ou un mat forcé, mais simplement un gain ou le(s) chemin(s) de la nulle dans une position inférieure. A l’inverse des problèmes d’échecs, les études de fin de partie se rapprochent parfois énormément du jeu réel, à tel point qu’il peut être intéressant de les étudier pour appréhender la théorie des fins de parties que nous pourrions avoir à jouer un jour sur l’échiquier. Leur but premier reste néanmoins d’être artistiques et de développer de belles idées de résolution. Voici une étude de A. Gurvich publiée dans Bakinsky Rabochy en 1927.

Les blancs jouent et gagnent dans la position ci-dessous!

 Malgré une Dame de plus, la position blanche demeure compliquée car le pion en g2 menace d’aller à promotion au prochain coup! Il va donc s’agir de créer des menaces afin d’exploiter la mauvaise configuration des pièces noires par ailleurs. 1.Ce4! Ce coup menace sur 1… Tg1=D+, de jouer Cf2+ afin de regagner immédiatement la Dame. Les noirs doivent donc tenter de contrôler la case f2. 1…Cd3 Contrôle la case f2 2.Df2! A première vue ce coup est incompréhensible car on donne la Dame purement et simplement en un coup. Par ailleurs les noirs sont forcés de prendre car on menace mat sur g3. 2…Cxf2 3.Cg3+ Rg1 4.Cg5! Et voici la position obtenue :

Ici, le Roi ne peut pas bouger car les 2 cases h1 et f1 sont contrôlées par le cavalier en g3. Le pion ne peut pas pousser car le Roi noir se situe devant celui-ci. Il ne reste que des coups de Cavaliers. Or si l’on regarde de plus près, on constate que si le Cavalier noir en f2 bouge, la réponse sera Ch3 mat! D’un autre côté si c’est le Cavalier h2 qui bouge, il y aura Cf3 mat! Dans cette position les noirs ne peuvent jouer que des coups perdants, ils sont dans ce qu’on appelle un Zugzwang, une situation très fréquente en finale!

Dans cette dernière position d’étude de fin de partie créée par M. Platovet publiée dans Nauka i Teknika en 1925 , le thème sera simplement :

Les blancs jouent et font nulle dans la position ci-dessous!

Pour faire nulle dans cette position, il faut liquider le pion d2 des noirs. Pour ce faire les Cavaliers sont l’arme idéale, comme nous allons le voir… 1.Cg3+ Rh4 (sur 1…Rg5 2.Ce4 récupère le pion) 2.Cef5+ Rxh3 3.Ce3 Fxe3 4.Cf1 d1=D pat 1/2-1/2!

La plupart des joueurs de compétition ne s’intéressent guère à la composition échiquéenne, qui n’est pas forcément le domaine le plus efficace pour progresser. C’est plus une activité que l’on pratique pour le plaisir! Les échecs sont-ils un jeu, un art ou une science? Difficile de répondre à cette question pourtant longtemps débattue. Il ne fait aucun doute cela dit que la composition échiquéenne relève de l’art avant tout.

Luc Pitallier

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lucpitallier

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette section dans laquelle je vais parler un petit peu de moi. Je joue aux échecs depuis plusieurs années, j'ai appris le jeu quand j'avais 14 ans en club et j'ai été entraîné par un excellent coach. Aujourd'hui je gère ce blog et ma principale activité est le coaching aux échecs. Je rédige des articles et produis des vidéos sur la thématique du jeu d'échecs. J'ai également écrit un livre intitulé les plus belles idées du jeu d'échecs, en vente au format numérique et broché sur amazon.