Mon avis sur le livre : joueur d’échecs de Maxime Vachier-Lagrave !

C’est en me baladant dans une librairie du centre de Brest, oscillant entre les différentes allées, que j’ai découvert le livre « joueur d’échecs » de Maxime Vachier-Lagrave. J’ai tout d’abord été un peu surpris que le meilleur joueur français écrive livre dans lequel il n’y a pas le moindre diagramme d’échecs ni la moindre leçon. Puis, au hasard des pages que je feuilletais, l’envie m’a pris d’acheter ce livre. Initialement venu pour le nouveau livre de Dan Brown : Origine. Je me suis surpris à ne plus pouvoir décoller les yeux des pages du livre de Maxime tant sa vision des choses m’intéressait. Avant toutes choses, je tiens à signaler que je suis rarement adepte des livres autobiographiques et qu’il est rare que je m’en procure. En voyant la couverture du livre, j’ai immédiatement cru qu’il s’agissait là d’un livre de ce type. Mais il ne m’a fallu lire que quelques pages pour me rendre compte que le sujet abordé est beaucoup plus global que cela. Et le sujet c’est le jeu d’échecs et plus précisément ce qui se passe dans la tête d’un joueur d’échecs de haut niveau. Ce qui m’a décidé à acheter ce livre c’est la franchise sans faille de l’auteur. Comme par exemple sur le chapitre concernant la sombre histoire de triche qui a secoué le monde des échecs il y a quelques années et pour laquelle, enfin, la vérité crue nous parvient aux oreilles.

En arrivant chez moi je pose livre sur ma table de chevet à côté de celui de Dan Brown, retire mon manteau et me plonge d’emblée à l’intérieur. C’est alors que je découvre petit à petit l’univers du jeu d’échecs qui gravite autour de Maxime et qui remplit la quasi-totalité de son existence. Par certains côtés je dois avouer que cela m’effraie et par d’autre côté je ne peux pas m’empêcher d’avoir un certain attrait pour ce genre de carrières passionnées. On comprend vite que Maxime joue gros. S’il arrive de perdre, il n’empoche pas de gain. Il a par ailleurs vécu dans sa carrière des moments creux dans lesquels il gagnait à peine de quoi vivre. Autant dire que le pari est risqué et que pour se maintenir à ce niveau-là de la compétition, une certaine rigueur nécessaire, même si Maxime semble véritablement vivre la vie qui lui convient sans se mettre une pression énorme. C’est avant tout un jeune homme ordinaire qui boit, qui regarde des séries TV et qui est tout sauf un froid calculateur sans sentiments. Je vais donc revenir sur certains points qui me paraissent importants. Toujours dans le souci de ne pas spoiler et de ne pas contredire le droit d’auteur, je me permets de résumer avec mes propres mots certains passages.

Maxime apprend à jouer avec un ordinateur d’échecs que lui ramène son père un fameux Noël 1995. C’est grâce à cet ordinateur que Maxime fait ses premières armes et s’initie véritablement au jeu d’échecs. C’est d’ailleurs relativement ironique de constater qu’environ 15 ans plus tard un autre ordinateur manquera de faire chavirer la carrière du jeune français. Nous reviendrons plus en détail sur cette affaire abracadabrante.

Le goût du sang est le titre d’un des chapitres du livre et explique qu’aux échecs et malgré l’apparence bon chic bon genre des joueurs, sommeille en eux un véritable instinct de tueur lorsqu’ils entament la partie d’échecs et jusqu’à la poignée de main finale. Après quoi, ils redeviennent amis, ou tout au moins collègues. Maxime nous explique que dans la plupart des sports de haut niveau, les champions fonctionnent également de cette manière et que cela n’est pas simplement propre au jeu d’échecs. Même le garçon le plus charmant devient un serial killer lorsqu’il joue aux échecs.

Maxim précise dans son livre que même s’il s’investit à fond dans le jeu d’échecs il a également d’autres hobbies et passions il aime par exemple groupe de rocks des années 1990 2000, il raffole des séries américaines… il lui arrive même parfois de regarder des épisodes toute la journée. Il aime la restauration rapide et boit plus ou moins modérément des boissons alcoolisées (l’alcool n’est pas considéré comme un produit dopant aux échecs). Il explique une fois alors qu’il manque de créativité, il a tenté de jouer sous alcool mais cela ne lui a pas spécialement réussi. En règle générale, Maxime n’est pas très pointilleux sur son alimentation. Il va parfois courir au jardin du Luxembourg essor dans des bars ou au casino. Il précise anecdotes amusantes : ils préfèrent aller dans un casino avec de l’argent liquide pour éviter de dépenser trop en jouant.

Il nous explique que lors d’une partie d’échecs, il use parfois du bluff, ce qui est primordial aujourd’hui tant le fossé technique entre les joueurs se restreint du fait de l’arrivée d’ordinateurs d’entrainement performants. Il est de plus en plus difficile de ce fait d’établir des stratégies originales sauf pour les joueurs qui ont appris à jouer avant l’ère informatique et qui posent d’ailleurs parfois problème à l’auteur comme c’est le cas d’un certain Vladimir Kramnik !

Maxime aime se déplacer lors de ses parties et que si par malheur le règlement venait à changer et que l’on interdise aux joueurs de se lever leur chaise, il serait vraiment en difficulté. En règle générale Maxime explique n’a pas de position favorite ni de joueurs qu’il craint particulièrement. Bien sûr certaines statistiques avec certains joueurs sont plus favorables que d’autres mais en règle générale il n’est pas très attaché à cela bien qu’il soit conscient des chances qu’il détient en début de partie et quel style de jeu il doit pratiquer. Il lui arrive d’ailleurs de rêvasser lors d’une partie, ce qui lui permet de faire des pauses.

Selon Maxime, le monde des échecs encore des progrès à faire au niveau de la parité hommes/femmes. Par exemple que lors des tournois certaines femmes sont considérées que comme des morceaux de viande et que cela est parfaitement intolérable. Nous partageons ici un trait d’accord. Il explique par ailleurs qu’il est difficile de faire la part des choses entre l’inné et l’acquis aux échecs et qu’il est compliqué également de comprendre pourquoi aucune femme ne figure dans le top 100 des meilleurs classés au classement FIDE. Il est évident qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les clubs d’échecs et ce à n’importe quel âge ! Le côté compétitif, typiquement masculin, peut également expliquer certaines choses quant à la persévérance des hommes dans un milieu où la rivalité est forte et la compétition présente.

Maxime est actuellement classé n°5 mondial à l’heure où j’écris ces lignes. Il bénéficie d’un sponsor qui lui paye ses frais professionnels ainsi que son coach qui n’est autre qu’Étienne Bacrot.

C’est avec une petite pique d’ironie que Maxime Vachier-Lagrave entame la discussion sur le n°1 mondial Magnus Carlsen également surnommé « le Mozart des échecs ». Il explique que dans le jeu Arcanum, Magnus est un an. Mais aux échecs, c’est un géant ! Effectivement ce joueur extraordinaire venu de Norvège est premier au classement sans interruption depuis 2012 et est devenu numéro un placement en 2009 alors tout juste âgé de 19 ans. Il est par ailleurs champion du monde en titre depuis 2013.

Maxime nous explique que Magnus sait profiter de l’instant présent mais qu’il peut rarement lui parler car il est quasiment toujours accompagné d’une armada de personnes pour le soutenir et le préparer lors des compétitions auxquelles il participe. Contrairement à Maxime, Magnus a vraiment à chaque instant cette rage de vaincre et voue une haine viscérale à la défaite.

Maxime explique qu’une armada de joueurs venus de l’Est ont beaucoup enrichi le paysage des échecs français grâce à leurs connaissances. Pour sa part lui-même a eu son premier coach à l’âge de sept ans. D’abord coaché par un coach local, il a rapidement pu bénéficier des services de ces fameux joueurs venus de l’Est qui ont pu peaufiner son jeu et lui permettre de progresser. Parmi eux on peut citer Nikola Spiridonov, originaire de Bulgarie, qui l’a entraîné à partir de l’âge de 16 ans. Ensuite, Alexander Beliavski, originaire d’Ukraine (avant de rejoindre la Slovénie) a pris le relais et a su lui redonner confiance. Et depuis 2015 d’un autre joueur français de tout premier plan qui coache Maxime, j’ai nommé Étienne Bacrot !

Selon Maxime le joueur d’échecs idéal est un fantasme et il n’existe pas un seul profil type de joueur d’échecs. Plusieurs personnalités peuvent s’exprimer. On y croise notamment au plus haut niveau, les teigneux, les instinctifs, les fantasques excentriques, les pragmatiques et les calculateurs dont fait partie Maxime. Magnus Carlsen se situerait plus dans la catégorie des joueurs pragmatiques.

Aux échecs, il n’y a pas véritablement de Bad boys comme dans d’autres sports (Thomas Berdych pour le tennis ou encore Zlatan Ibrahimovic au football). Les phrases assassines que l’on peut retrouver dans le milieu de la boxe n’ont pas non plus leur place autour d’un échiquier. Les joueurs d’échecs ne sont pas des excités, le jeu les incite à rester calme. Il n’est pas question dans ce domaine de surjouer ses émotions dans le but d’attirer la couverture à soi. Il n’est pas non plus question de déconcentrer son adversaire en lui jetant des regards assassins… et les coachs restent au vestiaire !

Qu’on se le tienne pour dit, la machine à révolutionné le jeu d’échecs. La machine s’est défaite de l’homme en la personne de Garry Kasparov en 1997. Cela a déjà retiré un peu de magie au jeu des rois. Par ailleurs le jeu est de plus en plus stéréotypé et il ne fait nul doute qu’un jour le jeu d’échecs sera condamné à cause de la machine. La machine possède néanmoins cet avantage qu’elle permet à quiconque d’accéder à l’information rapidement et de progresser beaucoup plus vite. Là où il fallait environ un mois pour se mettre à jour sur une ouverture, aujourd’hui deux jours peuvent suffire.

Le rêve de Maxime est d’atteindre l’un des trois prochains tournois des candidats pouvoir se qualifier et affronter le champion du monde en titre Magnus Carlsen.

Maxime reconnaît volontiers être un brin chambreurs et pense même qu’il aurait du mal à s’entendre avec un joueur qui ne le serait pas. C’est pour lui une façon de faire sourire lors de moments de tension est palpable. Il prend en exemple son ami Levon Aronian, joueur arménien, qui est devenu le huitième meilleur joueur de l’histoire a dépassé la barre des 2800 ELO.

Maxime nous explique l’état d’esprit à adopter pour atteindre le plus haut niveau. Il explique qu’il faut prendre des risques qu’il faut jouer les parties, passer à l’action pour continuer de progresser et élever son niveau de jeu. Il explique que rien n’est jamais acquis. Il n’a croisé aucun joueur imbuvable, méprisant, arrogant détestable sur le circuit des joueurs d’échecs de haut niveau. Les joueurs n’ont pas la grosse tête mais un gros ego. C’est là la différence subtile entre prétention et ambition il ne faut donc pas mélanger suffisance et motivation ou encore arrogance et détermination. Cela est valable pour tous les sports individuels pratiqués à haut niveau.

D’une manière générale, Maxime met à bas l’image du joueur d’échecs complètement fermé et asociale, aussi froid et calculateur qu’une machine. Au travers de ce livre il brosse un portrait plutôt humain d’un joueur d’échecs, avec ses forces et ses faiblesses, comme n’importe qui. N’importe qui qui aurait un talent pour le jeu et une motivation sans cesse entretenue pour continuer à progresser. Il nous explique qu’il boit qu’il sort dans des bars au casino et qui voyage beaucoup grâce à son métier de joueur d’échecs.

Mais le jeu d’échecs rêve aussi de s’adapter au grand public et de nombreuses réflexions ont lieu en ce sens. Une idée par exemple serait de raccourcir les cadences de jeu afin de donner davantage de divertissement au public qui observe les parties. Effectivement attendre parfois jusqu’à une demi-heure qu’une pièce bouge peut s’avérer très long et ennuyeux. D’autant plus si l’on ne comprend pas le jeu. Lors d’un match de foot ou de tout autre sport, les règles sont plutôt simples et il est relativement aisé pour la plupart des gens de comprendre ce qui se passe. Un ballon va au fond des filets, une balle passe de l’autre côté et rebondit deux fois. Mais aux échecs la compréhension du jeu nécessite déjà une certaine connaissance. C’est alors qu’est arrivée l’idée du confessionnal. Le système s’avère d’une simplicité enfantine : lors d’une pause à l’extérieur de la salle tournois, le joueur commenterait sa partie et nous ferait part de ses idées pour sa partie en cours. Bien évidemment son adversaire n’en serait pas avisé. Il faut évidemment faire attention de ne pas tomber dans des commentaires stéréotypés et sans consistance avec ce type d’exhibitions.

C’est alors que Maxime lève le voile sur un véritable scandale qui a secoué le monde du jeu d’échecs en 2010. Trois joueurs ont été surpris en train de tricher grâce au téléphone portable de l’un d’entre eux inspecté par la vice-présidente de la fédération. L’affaire a fait grand bruit dans le petit monde des échecs des sanctions ont été retenue à l’encontre des trois protagonistes. Maxime a pris le parti de la vérité (son entraîneur, impliqué, lui ayant tout avoué) et en a subi les frais lorsque quelque temps plus tard avant de repartir à nouveau dans la même ville dans laquelle les faits s’étaient déjà produits la première fois, il s’est fait dérober sa valise à l’hôtel avec toutes les données que celle-ci comportait par rapport à ses préparations. Maxime a été profondément impacté par ce vol et a mis beaucoup de temps pour remonter la pente.

Pour finir, Maxime revient non sans reconnaissance et joie sur son parcours : il y a 10 ans il gagnait son premier titre de champion de France et aujourd’hui il est entré dans le top cinq mondial ! Maxime explique qu’il le doit avant tout à son entourage car il est impossible d’atteindre ce niveau seul et que l’on a besoin de personnes autour de nous qui favorisent notre progression. Maxime est clairvoyant quant à sa longévité et au fait que son style de jeu basé sur le calcul ne lui permettra pas de durer dans le temps autant que d’autres types de joueurs.

Il me reste à lui souhaiter le meilleur, et à vous conseiller d’acheter son livre pour en savoir plus !

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Bien à vous,
Luc Pitallier

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lucpitallier

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette section dans laquelle je vais parler un petit peu de moi. Je vous échecs depuis plusieurs années, j'ai appris le jeu quand j'avais 14 ans en club et j'ai été entraîné par un excellent coach. Aujourd'hui je gère ce blog est ma principale activité est le coaching aux échecs. C'est la raison pour laquelle je gère aujourd'hui ce blog dans lequel je rédige des articles concernant jeu d'échecs les concernant les activités que ce soit en termes de coaching mais aussi les livres que je produis en tant qu'auteur.